Face à la volatilité persistante des marchés, aux tensions géopolitiques internationales et à la hausse durable des coûts de production, Cérèsia a réuni ses adhérents et des agriculteurs du territoire à l’occasion d’une conférence d’information dédiée aux marchés des céréales et des engrais.
L’objectif : apporter des éclairages concrets et opérationnels pour permettre aux agriculteurs de mieux anticiper leurs décisions, sécuriser leurs approvisionnements en engrais et optimiser la commercialisation de leur collecte, dans un contexte économique, climatique et réglementaire de plus en plus contraignant pour les exploitations.
Organisée devant 300 participants, cette rencontre a donné la parole à deux experts des marchés internationaux : David Guignard, directeur général d’EuroChem Agro France, 5ᵉ producteur mondial d’engrais, et Pierre Lipatoff, représentant d’InVivo Commerce International.
Engrais : anticiper pour sécuriser les approvisionnements
Lors de son intervention David Guignard a rappelé le rôle stratégique des engrais dans la sécurité alimentaire mondiale, alors que la demande continue de croître à l’échelle planétaire. Les prix et les disponibilités sont aujourd’hui fortement dépendants des grands pays producteurs, au premier rang desquels la Chine, les États-Unis et la Russie.
Le secteur est également impacté par les aléas climatiques, les tensions énergétiques ainsi que par les mesures, les sanctions et les taxes pouvant être mises en place. Dans ce contexte incertain, il a souligné l’importance pour les agriculteurs d’anticiper les achats d’engrais, afin de se prémunir au mieux contre la volatilité des prix et les risques de ruptures d’approvisionnement.
David Guignard est également revenu sur un sujet d’actualité majeur : la mise en place du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM). L’introduction de nouvelles taxes carbone, qui viendraient s’ajouter aux dispositifs existants, pourrait représenter un surcoût conséquent. Cette hausse soulève une question centrale : qui supportera le coût de cette décarbonation — le fournisseur, l’agriculteur ou le consommateur ?
En réponse aux nombreuses questions des agriculteurs, il a précisé que des solutions existent pour améliorer l’efficience des engrais, et qu’EuroChem y travaille activement, même si ces innovations restent coûteuses en raison du prix élevé de l’énergie. Il a également évoqué les actions engagées en matière d’optimisation logistique, notamment à travers le développement du transport fluvial, afin de limiter les coûts et réduire l’empreinte carbone.
Des outils pour lisser les risques économiques
Face à cette instabilité, des dispositifs d’accompagnement ont été présentés par Pol Malard, chef marché engrais chez Cérèsia. Plusieurs solutions sont mises à disposition des agriculteurs, dont une offre en prix révisable, pour leur permettre d’arbitrer et de lisser les risques sur l’ensemble de la campagne. Cette offre vise à apporter de la sérénité en combinant la garantie de disponibilité des volumes, aux facilités de paiement, la possibilité de choisir des dates de livraison ainsi qu’un prix final déterminé en fin de campagne. Pol Mallard a souligné qu’une réflexion conjointe entre la vente de la collecte et l’achat des intrants constitue un levier essentiel pour un meilleur équilibre des revenus de l’exploitation.
Marchés céréaliers : des prix durablement sous pression
Pierre Lipatoff a, quant à lui, dressé un panorama détaillé des marchés céréaliers mondiaux. Si la demande reste soutenue, principalement tirée par la consommation de viande elle-même liée à l’augmentation du pouvoir d’achat dans de nombreux pays, cette dynamique ne se traduit pas par une hausse durable des prix des céréales. L’enjeu majeur demeure la production d’une alimentation à bas coût. Il a également mis en lumière l’impact du changement climatique (libérant de nouvelles terres dans certaines régions) ainsi que les progrès technologiques et le recours aux OGM dans certains pays, qui favorisent l’augmentation des rendements. Ce surplus de production mondial entretient une pression durable à la baisse sur les prix, qui, hors événements ponctuels (accidents climatiques ou crises géopolitiques), ne sont pas amenés à remonter significativement.
Des outils pour sécuriser la collecte
Enfin, Baptiste Blanche, responsable collecte chez Cérèsia, a rappelé que la commercialisation de la collecte ne s’improvise pas. Elle nécessite une stratégie structurée et des outils adaptés à chaque exploitation.Il a souligné le rôle déterminant de l’engagement des agriculteurs, qui permet à la coopérative d’anticiper l’organisation logistique de la collecte et de construire une stratégie de commercialisation cohérente, contribuant ainsi à sécuriser la valorisation des productions.
Cérèsia au service des agriculteurs
Baptiste Blanche et Pol Malard ont, pour conclure, souligné l’accompagnement de proximité que propose la coopérative dans ce contexte de marchés sous tension. Cérèsia a réaffirmé son engagement aux côtés de ses adhérents, avec des équipes pleinement mobilisées pour accompagner les agriculteurs à chaque étape : de leurs choix d’approvisionnement en engrais, à la commercialisation et la valorisation de leur collecte. Un accompagnement fondé sur des stratégies et des outils construits en lien étroit avec chaque exploitation, au service de la sécurisation des revenus des agriculteurs.

Crédit photos Clotilde DOUKHAN
